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Abdoulaye Wade s’invite dans le conflit du Proche-orient


Par Saïd Djaafer, Alger



Abdoulaye Wade, Président de la République du Sénégal
Abdoulaye Wade, Président de la République du Sénégal
C’est en Afrique de l’Ouest, loin du fatras proche-oriental, qu’est peut être en train de s’esquisser un nouveau tournant de la situation en contexte de fin d’époque à Washington.


Une des évolutions les plus négatives du conflit israélo-palestinien est que les Etats-Unis sont devenus les acteurs extérieurs exclusifs, les seuls en mesure d’agir sur le cours des négociations. Ni la Russie, ni l’Europe – dont la présence au sein du quartet est quasiment de pure forme pour ne pas dire un simple alibi – n’ont pu apporter une tonalité différente à une politique américaine, qui a pris un tour pro-israélien militant sous les deux mandats de George W. Bush. Tel-Aviv s’est d’ailleurs constamment arrangée pour refuser toute intrusion, onusienne, européenne ou autre, afin de préserver une exclusivité américaine qui, c’est le moins que l’on puisse constater, ne la dessert pas.

Devant les protestations indignées des Palestiniens, Obama a nuancé son discours, mais l’incident ne peut que conforter Mahmoud Abbas qu’il n’y a rien à attendre de sérieux des Etats-Unis dans le court terme.

Face à cette donnée « fondamentale », l’entrée en lice du président sénégalais, Abdoulaye Wade, en sa qualité de président de l’Organisation de la conférence islamique, sur le dossier israélo-palestinien, relève d’une certaine témérité. Le président sénégalais ne se limite pas en effet à organiser des discussions entre le Fatah et le Hamas afin de mettre fin à un état de division politique qui tend à devenir territorial (La Cisjordanie pour Mahmoud Abbas et Gaza pour le Hamas), mais ambitionne de faire une médiation entre les Palestiniens et les Israéliens.

C’est ce qu’a expliqué El Hadji Amadou Sall, le porte-parole du président sénégalais. La première phase de cette médiation « est inter-palestinienne : arriver à ce que le Fatah et le Hamas s'accordent sur une position commune, se rapportant à la paix avec Israël. Il en est à cette première phase ».


La désespérance de Mahmoud Abbas

Le président sénégalais a reçu, séparément, les représentants du président de l’Autorité palestinienne et ceux du Hamas qui ont entrepris des discussions politiques. Cette médiation du président en titre de l’OCI explique d’une certaine manière, le soudain appel de Mahmoud Abbas à un dialogue national avec le mouvement islamiste dans lequel il n’a pas utilisé la formule de « putschiste », ni exigé un retour à la situation préalable à la prise de contrôle de Gaza par le Hamas, le 15 juin 2007.

Le tournant a été pris le 4 juin dernier, dans un discours, qui a inquiété les Américains et les Israéliens. Mahmoud Abbas a appelé à « un dialogue national exhaustif pour mettre fin au schisme national qui a infligé de sévères dommages à notre cause et de nouvelles souffrances au peuple palestinien ».

L’appel a été immédiatement salué par le Hamas. Les collaborateurs de Mahmoud Abbas ont essayé d’atténuer auprès des Américains la portée de cet appel. Pourtant, ce retour vers le dialogue n’est pas sans lien avec la désespérance de Mahmoud Abbas à l’égard des Etats-Unis.
Une autre constante de la politique américaine est qu’il est vain d’espérer d’une administration finissante une action sérieuse sur le dossier du Moyen-Orient. Le climat électoral aux Etats-Unis est en général accompagné d’une poussée de discours pro-israélien. Même Barak Obama, une fois son investiture acquise, est allé à l’AIPAC pour proclamer que Jérusalem devra être la capitale indivisible d’Israël.


La pugnacité de Wade

Devant les protestations indignées des Palestiniens, Obama a nuancé son discours, mais l’incident ne peut que conforter Mahmoud Abbas qu’il n’y a rien à attendre de sérieux des Etats-Unis dans le court terme. La médiation d’Abdoulaye Wade arrive donc dans un contexte propice pour la relance du dialogue inter-palestinien. C’était d’ailleurs un thème majeur du discours du président sénégalais lors du sommet de l’OCI à Dakar où il a exhorté les forces politiques palestiniennes à organiser « sans délai un congrès du peuple palestinien ».

On peut constater, avec l’ouverture des discussions entre le Hamas et le Fatah, à Dakar, qu’il fait preuve de pugnacité. Il reste que le second objectif, le déblocage des négociations entre Israéliens et Palestiniens, est plus malaisé même si, officiellement, c’est le président israélien Shimon Pérez qui a sollicité Abdoulaye Wade.

Les « fondamentaux » du problème, c’est une quasi-certitude, ne bougeront pas avant que la prochaine administration américaine ne s’installe et dévoile sa vision. Mais si Abdoulaye Wade parvenait à mettre fin à la grave division palestinienne, il aurait déjà fait beaucoup.


lesafriques.com


Mercredi 02 Juillet 2008
H/A/S Rédaction : destindelafrique.com
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