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Afrique : Pékin met Paris hors jeuLa nouvelle « amitié afro-chinoise » relègue la Françafrique au rang des illusions et réveille l'intérêt de l'Occident pour un continent malmené.
Même les enfants africains ne disent plus « toubab » ni « bonjour Monsieur », mais « Nihao, Nihao » - « bonjour », en chinois. La présence de la Chine en Afrique n'est pas neuve, mais elle a franchi un cran supplémentaire.
Les Chinois ont « imprégné » l'imaginaire africain, écrivent Serge Michel et Michel Beuret, tous deux journalistes, dans « La Chinafrique ». Au fil d'un documentaire passionnant et rythmé qui nous emmène des forêts menacées du Congo aux pipelines du Soudan en passant par les chemins de fer d'Angola, ils nous montrent, témoignages à l'appui, la réalité de cette nouvelle « amitié » sino-africaine. Celle en tout cas que les Chinois défendent, pour éviter de passer pour des colons d'un nouveau type.
Les nombreuses interviews qui jalonnent le livre semblent leur donner raison. Là où l'Occident n'a fait que parler de démocratie, les Chinois ne posent pas de questions. « Au moins, ils travaillent », se félicitent les dirigeants africains. « Le Blanc était condescendant et m'as-tu-vu ? Le Chinois reste humble et discret... » Les Chinois s'intéressent aux matières premières, mais pas seulement. Ils sont les nouveaux investisseurs sur le continent noir. On les retrouve partout : dans les infrastructures, les télécoms, le textile, le tourisme ou encore l'industrie alimentaire. Après le paternalisme des Occidentaux, place au business chinois. « Jour après jour (...), Pékin supplante Paris », indiquent les auteurs, affirmant que la Françafrique n'est plus qu'une « illusion ». Pour eux, le désinvestissement des entreprises françaises est bien réel, qu'il s'agisse de Bouygues, qui « ne prend même plus la peine de répondre à certains appels d'offres », ou de la désaffection pour la République centrafricaine, où la France avait pourtant « la main haute ». De quoi faire bondir les défenseurs de la Françafrique... Derrière les contrats juteux, la ruée de la Chine vers l'Afrique a aussi son revers. Les Chinois agacent : les ouvriers africains se plaignent des conditions de travail, la pacotille envahit les villes, les prostituées chinoises cassent le marché... Les tensions vont parfois bien au-delà, suscitant des révoltes antichinoises dans les mines de Zambie ou des tensions au nord du Niger dans la prospection d'uranium. Certains pays changent de ton et imposent leurs conditions, comme l'Angola ou la Zambie. « La Chine peut échouer en Afrique », préviennent les deux journalistes. L'Inde, le Brésil ou encore la Corée du Sud, jugés moins « dangereux », sont à l'affût. Quoi qu'il advienne, la présence chinoise aura braqué les projecteurs sur un continent à la dérive. « L'Afrique n'a jamais autant intéressé l'Occident que depuis que la Chine s'y intéresse », concluent les auteurs. Qui enfoncent le clou sur une France « hors jeu », au moment même où l'Afrique « se redresse et attire le monde entier » lesechos.fr Jeudi 03 Juillet 2008
H/A/S Rédaction : destindelafrique.com
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