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Problématique de l’immigration

Peut-on reconstruire une alliance du tiers-monde ?


Par Shanda ToNME



Problématique de l’immigration



Si le fait le plus marquant des relations internationales des lendemains de la création de l’Onu en 1945, fut la guerre froide impitoyable entre les deux grands blocs idéologiques formés par l’Otan et le Pacte de Varsovie et conduits par les Etats-Unis et l’Union soviétique, il demeure indéniable que l’alliance constituée par les pays tantôt appelés du Tiers Monde, tantôt des 77, et tantôt des Non alignés, a joué un rôle moteur dans tous les défis diplomatiques, et conditionné l’issue de toutes les grandes négociations multilatérales.

La fin de la guerre froide, la réunification subséquente de l’Allemagne, la modification du contenu des relations entre la Russie et les puissances occidentales, l’irruption de la Chine et la mutation spectaculaire des pays d’Asie en dragons polyvalents, ont inauguré une ère nouvelle qui a détruit les fondements des alliances de l’après-guerre.

Aussi, lorsque en ce mois de juin 2008, l’Union européenne (Ue) adopte des dispositions draconiennes pour contenir l’immigration clandestine couramment appelée “ immigration des sans papiers ou immigration sauvage ”, les vieux réflexes de la solidarité militante qui fit la force des pauvres et de tous les Etats de la périphérie, émergent à nouveaux des confins des trois continents.


Parce que les pays latino-américains particulièrement, jugent les nouvelles mesures de l’Union européenne inhumaines, injustes et insultantes, ils en appellent aux Africains pour une alliance sacrée en vue non seulement de protester, mais aussi d’organiser des représailles.
En fait, l’Union européenne déclare que non seulement les immigrants illégaux seront enfermés dans des camps pendant dix-huit mois, mais plus grave, ils seront ensuite éconduits et frappés d’une interdiction de séjour de cinq ans dans tout pays européen.


Hugo Chavez le président vénézuélien n’a pas eu besoin de prendre des pincettes pour dénoncer ce qu’il a qualifié de retour aux camps de concentration nazis, et a menacé de ne pas livrer son pétrole aux Etats qui tenteraient d’appliquer la mesure. Il convient de rappeler que l’enjeu est considérable pour tous les pays de la périphérie dont les citoyens émigrés alimentent les caisses avec des envois de fonds à leurs familles qui se chiffrent globalement en milliards de dollars. Les pourcentages vont de 5 à plus de 30 pour cent de l’assiette budgétaire, selon les pays.

Ce n’est pas tant les chiffres qui nous intéressent, encore que la majorité des latino-américains se trouvent en Amérique du Nord (Etats-Unis et Canada), et non en Europe. Ce qui est au centre de notre réflexion inquisitoire, c’est la signification profonde de la démarche des dirigeants latino-américains. Sommes-nous en présence d’une renaissance des alliances anciennes qui ont fait leurs preuves dans les négociations internationales ?

Il faut se souvenir de la fameuse majorité automatique qui obligea Washington à abandonner sa qualité de membre de l’Unesco pendant une durée relativement longue, justement parce que sous la pression de ces pays militants, l’organisation avait osé voter une résolution assimilant le sionisme au racisme.

Ronald Reagan alors président des Etats-Unis, avait prononcé cette phrase : “ il est inacceptable que des pays qui ne respectent aucun des droits humains fondamentaux, qui ne sont pas des modèles de bonne gestion et de bonne administration, et dont la contribution est insignifiante au budget, dictent leur loi au peuple et au gouvernement américain. ”
La réalité de ce que nous vivons en 2008, est celle d’un monde où les principaux paramètres d’influence géopolitique ont changé à cause de nombreuses mutations internes des Etats d’une part, et de la modification des données structurelles dans la configuration géostratégique d’autre part. Pour plusieurs raisons donc, l’appel des pays latino-américains aux Africains, n’a plus le sens militant qu’il avait dans les années 1970 voire 1980.

Par ailleurs, l’alliance tricontinentale, base de l’émulation d’une troisième force dans le jeu diplomatique planétaire, fut en son temps articulée sur une quasi-homogénéité des conditions économiques et des niveaux de développement, toute chose qui ont changé. Il faudrait sans doute rappeler que c’est à Bandoeng en Indonésie en 1955, que se tint la première rencontre tricontinentale qui deviendra l’ancêtre de tous les autres regroupements des pays pauvres. Il fallait se serrer le coude et parler d’une seule voix face à deux camps idéologiques bien distincts dans lesquels ces pays ne se reconnaissaient pas.

Les causes principales de l’époque valaient bien une messe commune et des revendications d’autant plus légitimes, qu’elles prenaient appui sur les dispositions pertinentes de la charte de l’Onu. Il fallait exiger la décolonisation, plus de justice, et la prise en considération des intérêts des pays pauvres d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine et des caraïbes dans la construction des nouveaux mécanismes et des nouveaux organes de gestion du monde.


En 2008, au moment où quelques dirigeants latino-américains redécouvrent la nécessité de relancer l’alliance pour faire face aux politiques de l’Occident sur l’immigration, il est sans doute peu certain d’aboutir à quelque chose de probant et de solide. Certes, l’on a assisté à quelques esquisses de coordination entre les principaux dirigeants charismatiques des pays dits émergeants, notamment la rencontre en 2006 en Afrique du Sud, du président brésilien Lula, du Sud-africain Tabo Mbéki, et du Premier ministre indien. Mais il s’est agi seulement d’une tentative diplomatique de mise en place d’une relation de travail sans réelle volonté de structurer une alliance.

Il faut surtout noter, que l’Asie ne fait déjà plus partie de l’Alliance d’hier. La majorité automatique d’antan est morte et ne pourrait plus exister aujourd’hui que de façon inexplicable, exceptionnelle ou occasionnelle. Les dragons sont devenus des acteurs majeurs dans la finance internationale, des pôles respectables d’innovation, de production et de développement technologique, et par conséquent des joueurs talentueux dans les arènes diplomatiques. Les bourses de Singapour, Séoul, et Bangkok, n’envient que très peu de choses à celles de Tokyo, Londres ou Paris. Les capitaux qui y circulent et les actions qui y sont échangées, ne permettent plus que l’on les classe dans le catalogue honteux des pays pauvres qu’il faut aider.


La conclusion s’impose d’elle-même, celle d’une nouvelle réalité où des pauvres d’hier et des révolutionnaires de circonstance, ont changé de condition et de classe, et ne se reconnaîtraient point dans un appel pour aller en guerre contre l’Occident. C’est l’Afrique qui est restée dans un profond sommeil, et c’est elle qui n’est plus ni fréquentable ni digne de considération dans une problématique d’élaboration d’équations revanchardes contre l’Occident.

La tricontinentale est morte, tout comme les Non alignés, les 77, et autres forums qui se voulaient rassemblements des pauvres. Trop de pauvres sont devenus riches et n’appartiennent plus à ces clubs. De même, les camps idéologiques sont morts, et il n’est plus besoin de s’aligner ou de ne pas s’aligner. Il n’y a plus dans le monde qu’un camp unique, celui du commerce./.


lemessager.net

Jeudi 03 Juillet 2008
H/A/S Rédaction : destindelafrique.com
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1. Posté par paul kouakou, Benin le 03/07/2008 13:13
L'article est vraiment interessant. Mais je ne comprend pas très bien où l'auteur voulait en venir. Voulait-il faire un constat? Ou inciter l'éveil des consciences? Il le titre bien: peut-on reconstruire une alliance du tiers-monde. Mais à moins que je n'aies pas bien compris son texte, je ne vois pas ses propositions sur cette reconstruction. Puisque certains pays pauvres d'hier, qui avaient suscité cette alliance, ne le sont plus aujourd'hui. Comment voit-il cette reconstruction? Comment et avec qui et avec quels armes l'auteur de l'article pense-t-il que la reconstruction est possible aujourd'hui? S'il nous éclairait là dessus la prochaine fois, ce serait plus interessant.

2. Posté par Roger Mandengue, Cameroun le 03/07/2008 13:19
Shanda Tonme est l'un des plus grands chroniquers du Cameroun. C'est reconnu. Il faut que les chefs de gouvernements africains s'inspirent de ses réflexions pour penser l'avenir de leurs pays, et voir dans quelles mesures ils peuvent aider leurs populations, améliorer leurs conditions de vie, et sortir leur pays de la misère. Le texte est adressé aux technocrates, et non au petit vendeur de journaux, qui, sans que ce ne soit sa faute, ne peut comprendre l'essence du message.

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